Mardi dernier, j’ai donné une conférence aux RMLL qui avait pour titre Comprendre les Réseaux Sociaux. En tant que président de l’association et cofondateur du projet Jappix, j’ai alors tenté d’expliquer comment fonder les futurs réseaux sociaux, ceux du web 3.0. Cet article a donc pour but de diffuser la vidéo et de rendre accessible le discours au plus grand nombre, en l’ayant retranscris.
Cette conférence a pour objet les réseaux sociaux. J’expliquerai certaines choses avec l’exemple du projet Jappix auquel je participe depuis ses débuts. Avant de commencer, je tiens à me présenter : je suis Julien Barrier, président de l’association PostPro et co-fondateur de Jappix qui est un projet de réseau social libre et de messagerie instantanée qui fonctionne avec XMPP donc vous aurez largement compris ce qu’est Jappix à la fin de la conférence.
Pratiquement tout le monde est inscrit sur des réseaux sociaux. À première vue, on pourrait se dire que les réseaux sociaux forment quelque chose de chronophage, d’inutile, que ce qui y est posté est du bavardage qui ne sert à rien. On peut penser aussi que comme les messages sont limités, par exemple sur Twitter à 140 caractères, que les idées postées le sont sans réflexion et qu’elles n’ont aucune valeur. En somme, à première vue de ce thème de conférence, on peut penser que les réseaux sociaux, ça sert à rien. Mais dans ce cas, pourquoi ça marche ? Il y a 70% des anglais qui consultent un des réseaux sociaux sur lequel ils sont inscrits (source), avant de se coucher, ce qui représente tout de même un chiffre assez important. À ce moment là, si ça marche tant, pourquoi dit-on que c’est inutile ?
Pour ça, j’ai choisi de vous présenter cette conférence en trois parties : en vous montrant dans une première partie qu’on est obligé d’avoir quelque chose de social dans la vie, sans les réseaux sociaux on ne peut pas s’en sortir ; ensuite, qu’Internet a permis beaucoup de choses ; Enfin, dans le futur, il faudra essayer de tout connecter pour faire une sorte de web 3.0, ce qui est le principal enjeu aujourd’hui.
I. Social ?
On ne peut pas imaginer un homme qui ne serait pas un animal social, on est obligé de communiquer avec les autres. Par exemple on dénigre les autistes et les enfants placards car il leur manque une fonction sociale. Comment se construit alors la sociabilité ? Qu’est-ce ? J’ai choisi d’organiser cette partie dans le but de comprendre la fonction sociale des réseaux sociaux, afin de construire ensuite un réseau social libre.
Chaque homme a besoin des autres pour se fonder une identité. Nous nous formons tous un réseau de connaissances avec lequel nous pouvons communiquer. Ensuite, une des caractéristiques d’un être humain est de communiquer avec ses semblables, c’est comme ça qu’il forme un réseau de contacts (que l’on peut aussi appeler réseau social dans un autre contexte).
L’homme a besoin des autres. Nous avons tous besoin des autres pour fonctionner. Un exemple assez simple pourrait se baser sur Facebook : on a besoin des autres pour pouvoir communiquer avec eux. Sinon, le site internet ne serait qu’une page vide. Notre vie dépend alors des échanges que nous construisons. Un homme « normal » n’est jamais isolé, il pourra toujours communiquer avec ses semblables et c’est ce qui fait la spécificité de l’être humain. D’autre part, la fonction sociale est d’autant plus important qu’on devient soi grâce aux autres. C’est en partie ce qui fait que nous pouvons dire « nous » pour désigner un groupe de personnes. La fonction sociale est essentielle, ne serait-ce que pour ça que l’homme est capable de dialoguer. Tout ce que nous faisons, depuis la naissance, sert à rencontrer des personnes et à se fonder un réseau de contacts. L’école par exemple, nous sert à rencontrer des gens. Apprendre à lire et savoir lire permet en quelque sorte de rencontrer des auteurs, de comprendre leurs idées, leur pensée. On a donc besoin de cette dimension sociale. Ethnologue, Claude Lévi-Strauss, dit ainsi que « l’homme est un être social ». D’autre part, nous fondons notre identité est fondée non seulement par nos propres moyens d’existence, mais aussi par les autres. Les réseaux sociaux par exemple, ne fonctionnent pas uniquement grâce à nous, mais grâce aux autres et à leurs actions. Tout le monde, chez nous, laisse son empreinte. Ainsi, à travers les liens que nous tissons, chacun nous apporte des connaissances et des idées. C’est ainsi que nous pourrons nous façonner une identité. Il est donc possible d’affirmer que chacun pense à travers toutes les personnes qu’il a rencontré et à travers tous les contacts qu’il a fait. Ce sont ces contacts qui nous permettent de tisser d’autres liens et de fonder notre opinion. Ceci permet la capacité d’adaptation de chacun.
Pour pouvoir vivre correctement, chacun se fonde un réseau de connaissances. Ceci fait qu’à Mexico, à Chicago, à Hong Kong, à Buenos Aires, à Strasbourg, ou n’importe où, l’homme aura la capacité de s’adapter. Dans une conférence à Toulon, Benjamin Bayart prend l’exemple de l’huître pour montrer ce phénomène : une huître, si elle veut s’adapter à son milieu, devra attendre des générations. Ce sont les mécanismes de l’évolution darwinienne qui contrôlent sa capacité d’adaptation. Un homme, s’il veut s’adapter à son milieu, n’aura qu’à savoir communiquer. Communiquer nous permet de faire des connaissances. Émile Durkheim, sociologue, affirme que les interactions sociales et la société priment sur les comportements individuels. C’est donc la société et nos contacts qui nous poussent à penser certaines choses. Nous devons alors rentrer en société pour être des êtres humains. Paradoxalement, tout le monde est poussé à se détacher des autres. Dans ce cas, les réseaux sociaux n’auraient aucune utilité, si l’homme se détache de ses semblables. La concurrence est un exemple à ce détachement. Elle conduit souvent les hommes et la technique à progresser. Le philosophe Kant prend l’exemple des arbres. Ainsi, dans une forêt, les arbres paraissent tous en concurrence pour trouver la lumière. C’est ce qu’il fait qu’ils poussent tous droit et haut, alors qu’un arbre isolé va avoir plein de ramifications, de branches dans tous les sens et ne sera jamais être grand. Certes, il prendra un maximum d’espace mais ne se fondera jamais sur une dynamique commune. Mais alors le détachement des autres ne peut se faire qu’avec les autres. Ce sont les autres qui nous poussent à progresser, même s’ils n’ont pas les mêmes idées que nous. Comme l’affirmait Durkheim, nous ne sommes que l’unique produit de la société dans laquelle nous vivons.
Communiquer est essentiel. Même en bavardant, nous communiquons et c’est ça qui nous permet de nous sociabiliser. On peut penser que c’est inutile de bavarder, que ce ne sont juste des petits mots qui s’échangent, sans aucune valeur. Or pas du tout. Le bavardage a une fonction phatique non négligeable. La fonction phatique se définit par des signes dans un dialogue qui ne servent à rien si ce n’est qu’à débuter ou à mettre fin à une conversation. Le bavardage pourrait donc ne servir à rien, mais alors si on ne peut ni débuter ni arrêter une conversation, il n’y a plus de réel dialogue, et la sociabilisation est interrompue. La fonction phatique a alors une place dominante dans les réseaux sociaux, puisqu’on ne cherche plus vraiment à communiquer, mais juste à montrer que l’on existe. Sur Twitter par exemple, comme la technologie nous limite à 140 caractères, le message que nous faisons passer est forcément limité. Sur Facebook on peut « aimer » quelque chose, ainsi montrer son attachement à ses contacts sans vraiment prendre le temps de renvoyer un message. C’est ce qui fait aussi que les réseaux sociaux marchent, c’est le fait qu’ils soient rapides. On peut montrer notre affection à des personnes ou au contraire l’inverse en juste un clic. Cependant, ce n’est pas une faiblesse pour Twitter et Facebook de limiter la taille du message. Certes, on ne peut pas faire passer l’intégralité de ses idées, mais cela nous oblige à communiquer le plus simplement possible, sans bavardage inutile. Le réseau social, dans ce cas, automatise en quelque sorte, les taches les plus simples (on clique sur « J’aime » plutôt que d’exprimer son opinion sur la chose). Aujourd’hui, seuls les réseaux sociaux permettent cette fonction essentielle qu’est le bavardage. On fait certes un tri dans ce bavardage mais les messages envoyés, même si on les pense inutile, sont essentiels en terme de communication. Il n’y a peut être aucune information dedans, mais on montre à ses contacts qu’on existe et qu’on est présent. C’est aussi cela la communication.
II. Internet, une révolution ?
La communication est essentielle Internet lui a rajouté une nouvelle dimension. Sans Internet, il n’y aurai ni réseaux sociaux en ligne, ni communication à distance. Internet a ainsi permis une petite révolution dans les communications, apportant de nouveaux enjeux.
Dès lors, comment Internet est-il construit ? Comment et pourquoi Internet permet-il une liberté d’expression et une communication rapprochée ?
Les journalistes emploient parfois le terme « le réseau des réseaux » pour qualifier Internet. Internet n’est ni un média, ni une interface de communication. C’est donc une assez bonne expression qui permet d’expliquer ce qu’est qu’internet. Benjamin Bayart définit Internet comme un « gros invertébré ». Il n’y a pas de centre à celui-là. On peut prendre l’exemple d’une bactérie mono-cellulaire. Cette dernière n’a ni centre et peut changer de forme comme elle le souhaite. Internet est à peu près conçu de la même manière, c’est ce qui fait qu’on appelle ça souvent une « toile d’araignée ». En effet, une toile d’araignée n’a pas de centre, a plein de ramifications. Si on coupe quelques fils dans la toile d’araignée, celle-ci continue à fonctionner et l’araignée pourra toujours vivre dessus. Internet est voulu pour être de la même manière. On peut couper une partie de l’internet, celui-ci continuera toujours à fonctionner. Tout ça fait qu’il ne peut pas y avoir de chef d’Internet. On ne peut pas contrôler Internet — même si certains gouvernements s’y obstinent — et c’est comme ça que le réseau peut fonctionner, c’est ce qui fait la force d’internet. Pour mieux comprendre, un contre-exemple est intéressant. Le minitel, fierté de la France des années 90, est le réseau à l’opposé de l’internet. Ce réseau a un centre, qui est en fait un datacenter avec plein de gros serveurs appartenant à France Télécom et chaque machine client accède à l’information sur les serveurs. Si on veut mettre une information sur le réseau, par exemple si moi je veux mettre des informations permettant de me contacter en tant que chef du projet Jappix, je devrai demander l’autorisation à France Télécom qui validera ou non l’information. C’est un réseau centré, à l’inverse de l’Internet. Sur internet, il y a des millions de serveurs, dispatchés partout dans le monde. L’important est aussi le fait que chaque machine est à la fois client et serveur. On peut donc publier quelque chose directement sur sa machine, qui sera accessible à toutes les autres machines du réseau. Ceci permet une liberté d’expression. Sans internet, on ne pourrait pas avoir une telle liberté d’expression, et les réseaux sociaux ne seraient pas né. Twitter est né dans un garage, Facebook dans une université, c’est la décentralisation des informations qui a permis la création de ces réseaux.
Aujourd’hui, Internet est essentiel en tant que moyen de la liberté d’expression. La presse papier est un milieu beaucoup trop fermé, on ne peut pas écrire un article et le diffuser comme ça dans la presse classique. Les personnes qui ont déjà essayé de publier un livre ou un article dans un journal le savent, il faut avoir les bons contacts et ensuite avoir des idées en accord avec celles de l’éditeur. Une véritable censure régit la plupart des moyens d’expression. Cependant, la liberté d’expression est rendue possible avec internet. Chacun peut publier, sur le site qu’il veut ou sur sa propre machine, toutes les informations et les idées qu’il a. Le conseil constitutionnel a prouvé, dans sa décision 2009-580 DC du 10 juin 2009, qu’internet était essentiel pour exercer sa liberté d’expression au XXIème siècle. Avant internet, il fallait se confronter à un chef de l’édition, à un supérieur pour exercer sa liberté d’expression. Avec Internet, on n’est plus obligé, vu la structure du réseau et l’absence de « chef de l’internet ».
On retrouve alors cette liberté d’expression dans les réseaux sociaux. On pourra dire ce qu’on veut, mais il y existe une certaine liberté d’expression et c’est celle-ci qui fait peur en quelque sorte. Pour bien comprendre pourquoi ça fait peur, on peut citer les exemples des révolutions Arabes, de wikileaks et des indignés d’Espagne, qui montrent bien que les gouvernements ont peur d’internet. Wikileaks par exemple, permet de publier des documents dont les sources ne veulent pas être connues parce qu’elles pensent que c’est trop dangereux. L’organisation a diffusé des centaines de câbles diplomatiques et actuellement les gouvernements décident de censurer ce site internet sans décision de la justice. Ces mesures sont prises à l’encontre des constitutions voulant la liberté d’expression. Les enjeux d’Internet sont les même dans les révolutions Arabes. Internet n’a pas renversé Ben Ali, mais sans Internet, il n’aurait sûrement pas été renversé. Pendant les émeutes, chacun avait la possibilité de savoir si les révolutions avaient lieu dans d’autres endroits et ce qu’il se passait. Les seuls médias auxquels les révolutionnaires avaient accès et qui ne diffusaient pas la propagande officielle étaient sur internet. Pareil en Espagne, les gens ont pu prendre contact entre eux pour s’indigner. Les gouvernements ont peur de tout ça, et c’est ça qui les pousse à créer des lois et des traités comme HADOPI, LOPPSI, ACTA, etc..
Ensuite, internet permet une communication que j’appellerai « rapprochée ». On peut penser qu’elle est à sens unique. Sur un média comme Twitter par exemple, on peut suivre énormément des personnes sans qu’elles nous suivent, ou réciproquement. On aurait ainsi à travers les réseaux sociaux une communication qui n’est pas réciproque. Une étude de Facebook a montré que sur 120 amis, on n’aurait une communication dans les deux sens qu’avec 10 personnes. Ça montre que sur les réseaux sociaux sur internet, on n’a pas vraiment une communication totale. Robin Dunbar estime que le cerveau humain ne peut pas gérer plus de 148 relations stables. Ceci montre bien que nous sommes limités. Quand on voit alors que certaines personnes ont plus de 500 amis sur Facebook, on peut penser que ce ne sont pas de « vraies » relations. Ainsi, sur les réseaux sociaux, les gens lisent les messages en diagonales et ne répondent que si le message s’adresse directement à eux (cf étude de Facebook), alors que dans la vraie vie, même la personne la moins hypocrite se sentira obligée de répondre quand on lui parle. On ne répondra que si on a quelque chose à ajouter sur Internet. Dès lors, on peut parler de tout et de n’importe quoi sur les réseaux sociaux, grâce à la structure d’internet et au fait que techniquement, on ne puisse pas censurer internet.
Internet sert donc en grande partie à rapprocher des personnes. Je pense que l’e-mail est un bon exemple : on peut communiquer avec des personnes sans avoir à se déplacer. Avant Internet, pour la même fonction, on était obligés d’envoyer un courrier par la poste, ça prenait des jours. Maintenant tout est direct, et même si le fax avait la même fonction, Internet permet une révolution dans les communications. On a pu le constater cette année avec les révolutions arabes.
III. Comment construire le web 3.0 ?
Vous avez compris qu’on a à la fois besoin d’une certaine sociabilité et qu’internet est indispensable pour l’obtenir. C’est ce qui fait en grande partie que les réseaux sociaux marchent. Nous allons alors définir ce qu’est qu’un réseau ou un média social. Une fois que nous aurons compris ça, nous essaierons de voir comment construire un réseau social universel et c’est un peu les enjeux que nous avons avec le projet Jappix. Il faudrait que les réseaux sociaux soient dans le même esprit que l’Internet. Ceci est permis grâce à Identi.ca et Diaspora, mais je pense que le concept n’est pas assez développé. Il faudrait donc un réseau social décentralisé, sans centre, pour les années à venir. Ceci serait un réseau social dans lequel chacun pourrait s’inscrire où il veut, sur le serveur qu’il souhaite, et en même temps, pouvoir accéder aux données des autres utilisateurs, peu importe où celles-ci sont placées, sur d’autres serveurs ou non. Avec une personne sur un serveur A, qui a un ami sur un serveur B, les réseaux sociaux dominants tels que Facebook et Twitter, ces deux personnes ne pourront pas interagir. Il faudrait donc pouvoir construire ce genre de réseaux sociaux. Jappix le permet, Diaspora et Movim le permettront. La philosophie de Richard Stallman devrait conduire la construction de tels réseaux.
Comment construire un tel réseau social ? Internet et la communication sont deux choses essentielles et les réseaux sociaux se basent dessus. On définira d’abord ce dont on a besoin dans un réseau social. Je montrerai ensuite, à travers l’exemple des API, comment les réseaux tels que Twitter et Facebook permettent l’accès à d’autres serveurs. Je ne pense pas que ce soit le meilleur moyen, vu qu’on passe forcément par un réseau ou un serveur en particulier sur lequel on est obligé d’être inscrits. Enfin, j’expliquerai ce que permet le protocole XMPP, selon moi la meilleure méthode, que l’on utilise de notre côté pour Jappix et qui est aussi utilisée par Movim.
On parle souvent de médias sociaux. Quelle est la différence entre un média social et un réseau social ? Est-ce la même chose ? Pour définir Twitter, par exemple, on emploie souvent le terme de média social. Pour bien comprendre ce qu’est un média social, on va analyser d’abord ce qu’est un média.
Un média est quelque chose qui sert à diffuser de l’information. La presse, la Radio, la TV sont des médias. Internet n’en est pas un. Un réseau social est une sorte de média. À travers la communication, on va pouvoir diffuser des informations et ensuite y accéder. Le problème est qu’un média est quelque chose à sens unique. Un diffuseur de presse par exemple, aura le monopole sur l’information, on ne pourra pas dire certaines choses dans le journal en proposant un article. Ceci a changé avec internet et les médias sociaux. Un média social diffuse de l’information où chaque acteur est à la fois émetteur et récepteur. Par exemple sur Twitter, on reçoit des informations des personnes qu’on suit et aussi envoyer des informations à d’autres personnes ou aux mêmes. Ça change des médias traditionnels dans lesquels on ne peut pas communiquer. Les médias sociaux sont donc des médias dans lequels chacun est à la fois diffuseur et cible de l’information. Un réseau social est en fait un site internet sur lequel on peut construire un profil, public ou non, envoyer des informations donc on peut poster des messages, en recevoir et c’est ce qui définit un réseau social. Dès lors, la distinction entre média social et réseau social se fait. En plus de transmettre des informations, un réseau social permet aux utilisateurs de construire leur propre profil. Un réseau social peut donc être un média social mais la réciproque est fausse. Sur le site du monde.fr, par exemple, chacun peut partager ses idées, mais personne n’a de vrai « profil ». lemonde.fr est alors un média social mais pas un réseau social. Cependant, tous les réseaux sociaux ne sont pas les mêmes, certains sont plus des médias sociaux que d’autres. Tout dépend de l’usage que l’on en fait. En effet, Twitter sert plus aux journalistes et aux utilisateurs qui ont des informations à partager, tandis que Facebook est plus dans une optique de rencontres entre utilisateurs. Un réseau social est fait pour le partage d’informations, pour comprendre les réseaux sociaux, il faut comprendre ceci.
Le partage d’informations peut se faire de plusieurs manières. D’une part, il existe ce que l’on appelle des API (Interface de programmation). Une permet, à chaque fois que l’on tweet, de retransmettre chaque message sur une page Facebook. Ceci permet une communication entre différents serveurs, entre différents réseaux. Le problème est qu’on ne sait pas forcément comment la vie privée est gérée. Une API peut permettre de lier différents réseaux et serveurs ensembles mais ce n’est pas forcément la meilleure méthode pour savoir où vont les informations. Il faudrait donc un réseau sans centre, décentré, avec une information disponible à chacun qui la voudrait, sans lui obliger à rejoindre un service en particulier. C’est un peu un des principes d’internet : chacun peut disposer de l’information qu’il veut, peu importe où celle-ci est placée, pourvu qu’on lui en donne l’accès. Le problème des données est important. faudrait donc, dans un réseau social, garder la main sur ses données.
Pour décentraliser toute l’infrastructure, il existe un protocole: XMPP qui est la solution la plus avancée pour créer un réseau social de cette sorte. XMPP (Jabber) est un protocole de messagerie instantanée et de présence (eXtensible Messaging and Presence Protocol). C’est un protocole normalisé par l’IETF, normalisé et décentralisé, à la manière de l’HTTP. Ainsi, on peut communiquer avec une personne qui n’est pas forcément sur le même serveur que soi (ce que ne permet pas Facebook ou Twitter), partager avec elle des informations et choisir quelles données on partage. Tout est fondé à l’image du Web. XMPP est sécurisé : on peut chiffrer des communications avec GPG. Ce protocole est largement utilisé dans le milieu professionnel : Google l’utilise pour Gtalk, Google Plus ou même dans Chrome; IBM l’utilise, France Télécom, Nokia, Apple, ProcessOne, Facebook pour Facebook Chat en local. XMPP permet donc la création d’un réseau social sans centre dans lequel on choisit nous mêmes quelles informations on pourra partager.
XMPP est un protocole ouvert, donc dans le même esprit que les logiciels libres. C’est un protocole extensible, on peut créer des XEP (XMPP Extension Protocols) : extension que l’on peut écrire nous mêmes, qui peuvent ensuite être standardisées. On peut alors avoir beaucoup d’utilisation. Google l’utilise donc dans Chrome pour transmettre les informations entre les différents onglets ou dans Google Plus. Ce protocole permet donc beaucoup de choses, avec une utilisation assez importante. Il faudra donc créer un tel réseau social. XMPP deviendra essentiel en la matière, beaucoup de programmes utilisent ce protocole le plus abouti.
Questions
Ici, j’ai centralisé les questions en rapport avec le sujet et les réponses que moi ou d’autres personnes du public ont trouvées. J’invite chaque personne qui découvrirait l’article, à en poser d’autres en commentaire, pourvu que cela reste dans le sujet.
- Dans un système décentralisé, si une personne poste un message et que d’autres y répondent, où sont stockées les données ?
Dans le cadre du projet Jappix, les commentaires sont postées chez la personne qui a posté le message. Ça simplifie tout, mais ça créé des mini-nœuds. Celui qui poste un commentaire n’est plus totalement maitre. Mais c’est comme publier un commentaire sur un blog, on publie chez quelqu’un d’autre.
- Les informations qui circulent dans un réseau décentralisé, une fois qu’elles sont postées, on ne peut plus les rattraper, ça peut faire pire que prévu en matière de gestion de la vie privée… Comme sur e-mule, une fois qu’on a balancé un fichier, on ne sait pas qui va y avoir accès, même si on supprime le fichier de base, on pourra toujours y avoir un accès. non ?
Décentralisé ne veut pas forcément dire que tout le monde aura accès à l’information. Accéder à une information donnée ne peut se faire qu’à un moment précis. La gestion des permissions dans XMPP existe : on peut contrôler qui aura accès à telle donnée. Un peu comme dans le HTTP, avec juste un fichier robots.txt, certaines machines n’auront pas accès, normalement, à l’information. Donc certaines personnes ne pourront jamais aller voir l’information dans XMPP.
- En décentralisant, est-ce qu’on augmente pas le nombre potentiel de faille ? Sur un serveur unique, si on a une faille, il suffit de la combler. Si on a des millions de petits serveurs, est-ce que ça ne créé pas des millions de petites failles et ça ne permet pas aux « pirates » de mieux accéder aux informations ?
Avec plein de serveurs, on est beaucoup plus anonyme. Si on a qu’un serveur, on sait où attaquer. Tout le monde va vouloir attaquer le serveur de Facebook. Si on décentralise tout, les gens vont vouloir attaquer le serveur sur lequel il y a Mark Zuckerberg et d’autres serveurs. Les attaques, même si elles sont concentrées, ne feront tomber qu’une partie de l’infrastructure et l’autre pourra continuer à être utilisable.
- est-ce que ce n’est pas un risque d’avoir plein de « petits » serveurs mal sécurisés plutôt qu’un « gros » serveur bien sécurisé ?
C’est sûrement bien mieux sécurisé de ne pas avoir d’endroit où frapper. Les gros serveurs ne sont d’autre part pas connus pour leur sécurité. Personne n’aura le pouvoir d’avoir toutes les informations d’un coup si tout est décentralisé. C’est plus complexe d’attaquer plein de serveurs plutôt qu’un. Même si on possède les commentaires d’un message qu’on a écrit, cela nous donne pas beaucoup de pouvoir.

En effet, ça débat bien !
L’année prochaine il faudrait faire une conférence plus basée sur Jappix, et poussant au débat, c’est à dire qu’on poserait des questions au public lui-même, pour apporter un débat et faire émerger des idées qu’on relèverait.
Aussi, ce qui serait bien c’est de faire une conférence entre plusieurs projets, style avec Movim et Jappix, ça augmenterait la taille du public et permettrait d’avoir deux plateformes sociales XMPP avec des visions différentes ensemble (Movim a une approche plus Facebook-like pour la gestion des pages, tandis que Jappix est plus Google Wave-like en étant une véritable application Web).
En tout cas superbe conférence (j’ai relevé quelques incohérence niveau technique, ça c’est plus mon truc normalement, désolé de ne pas avoir été là cette année) :)
[...] pouvez visionner le diaporama de la conférence ainsi que l'enregistrement vidéo de la conférence sur le blog de Julien Barrier. Je précise aussi que Julien est passé à Radio RMLL pour parler de [...]
C’est vrai que différentes visions du web social seraient intéressantes, d’autant plus que tous ces projets se basent sur les mêmes protocoles. Par contre, je pense que faire participer plusieurs personnes autour d’un tel sujet ne peut pas être gérable, du moins au début. Le mieux, selon moi, est d’« inviter » des personnes qui participeront à la fin en donnant leur avis sur la question.
Au début, je comptais en effet faire participer plus le public en proposant un débat organisé mais faute de temps nous n’avons pas pu faire plus que ce qui a été fait.
Concernant les incohérences, quelles sont-elles ? on peut débattre là dessus ! :P (surtout que ça m’évitera de les refaire…)
Je sais plus trop où elles sont, c’est un peu partout en fait, des petites erreurs, style tu dis « réseau social » au lieu de « plateforme sociale ».
Tu as aussi dit une fois qu’on avait créé la XEP de microblog, ce qui est faux : je l’ai juste modifiée pour l’améliorer, le gros de la XEP initiale est toujours là.
Voilà ;) Rien de bien méchant :)
D’accord, du détail :P mais de petites erreurs à ne pas répéter…
Salut,
Bravo, belle présentation.
D’ailleurs, fin juin la maison du libre, a fait une présentation sur sa plateforme Libr@net où on y parle de Jappix. Outre un petit souci technique, et un timing serré, on a fait un coup de pub pour vous :)
La vidéo est disponible ici : http://blog.mdl29.net/
Merci, sympa :)
Attention à l’utilisation de l’image des arbres. Un hêtre éseulé au milieu de nul part parait souvent bien plus beau, plus majestueux, plus serein qu’un pauvre sapin entouré de ses congénères assoiffés de lumiére.
oui, c’est vrai. J’ai réutilisé l’image de Kant, ce qu’il veut dire (et moi par la même occasion), c’est que l’arbre entouré d’autres sera poussé vers la lumière. Certes il ne sera pas forcément beau, peut être tout fin, mais il progressera en hauteur, au maximum, pour atteindre son but vers la lumière. L’homme fait pareil. Entouré des autres, il veut dominer, être plus grand.