De plus en plus, nous entendons parler du web 3.0. On l’appelle parfois web sémantique. Parfois web des années 2010. Mais, après la génération 2.0, que sera le web 3.0 ? Peu de monde comprend le principe du web 2.0, pourquoi introduire un nouveau concept ? Je vais essayer de fournir quelques réponses, la plupart se basant sur ma conception des réseaux sociaux, de ce que m’a apporté la gestion du projet Jappix.
I. Le web, qu’es aquo ?
S’il faut comprendre quelque chose d’essentiel, avant de commencer, c’est qu’internet n’est pas le web et le web n’est pas internet. Internet n’est qu’un réseau de machines interconnectées. Le grand public, généralement, n’utilise pas toutes les possibilités permises par internet. Le web, quant à lui, est une partie d’internet. Le web permet la connexion de différentes pages, et à travers ceci, de différentes personnes. Je ne m’étendrai pas plus sur les différences, j’ai déjà traité de ce sujet dans un article en début d’année: Comment Google a tué le web ?
Essayons cependant de définir les différentes versions du web. On parle souvent du web 2.0. Encore faut-il qu’il y ait eu un web 1.0. À quoi servait-il ? Quelle était son utilité ? Que permettait-il ? Ou plutôt, que permet le web 2.0 et qui n’était pas possible à l’époque du web 1.0 ? Tout ceci nous permettra de mieux envisager le web 3.0.
Avant le web, on pouvait faire plein de choses avec internet, mais accéder à des documents distants était difficile. Il fallait se les envoyer par mail et on ne pouvait pas les lire directement en ligne. C’est ce qui a poussé certains scientifiques au CERN à inventer le web. Ils avaient juste besoin de mieux indexer leurs publications scientifiques, et de créer quelque chose qui leur permettrait d’aller chercher des documents sur n’importe quel machine. Début des années 1990, le web est né. Ce n’était pas très sophistiqué mais c’était déjà énorme. À l’époque, personne n’appelait ça web 1.0. Ni même web. Les scientifiques du CERN avaient inventé le protocole HTTP et le format HTML. C’était ceci, le web. Afficher des données HTML, tel est le but de l’HyperText Tranfer Protocol (HTTP). HTML permet, lui, de mettre des textes en forme, de les structurer à travers une sémantique propre. Je pense que comprendre ceci est important car c’est ce qui définit encore le web et ce sur quoi le web 3.0 se basera.
Rien n’était facile dans les années 1990. On ne pouvait pas, au début, interagir avec les pages web. On se contentait de lire, ou de diffuser. Rien de plus. Au fur et à mesure, l’usage a eu besoin d’évoluer.
Ainsi, on a vu naître au début des années 2000 le web 2.0. Ce nouveau web fait interagir serveurs et utilisateurs. C’est en quelque sorte le web de la communication. Cependant, ceci n’est pas né d’un seul coup, et même si l’on ne parlait pas de web 2.0 avant les années 2000, certains usages y ressemblaient. Néanmoins, ce n’est que dans les années 2000 que l’usage s’est développé, que la publication sur internet a été facilité. Interagir avec un contenu et discuter facilement sont deux des caractéristiques du web 2.0. Ainsi, les forums, réseaux sociaux, blogs font partie de cette nouvelle génération, de cette nouvelle décennie. Le webmaster n’est plus responsable du contenu. Le plus souvent, il n’en ajoute même pas, mais ce sont les utilisateurs qui le génèrent.
Même si la technique a légèrement évolué, c’est surtout l’usage qui qualifie le web 2.0, et non les possibilités techniques. En effet, nous n’utilisons le web pour communiquer que depuis les années 2000. Évidemment, le mail permettait avant de communiquer avec les autres, mais ça, ce n’est pas du web. Et, même si PHP, le langage de programmation à l’origine du web moderne, est apparu en 1994, les principales plateformes du web 2.0 sont sorties dans les années 2000. Par exemple, WordPress, célèbre moteur de blog, a été créé en 2003, les forums de discussions ont connu un essor en 2001, les réseaux sociaux sont apparus à partir de 2004. Cette transition du web 1.0 vers le 2.0 s’est ainsi faite progressivement. C’est l’usage qui détermine tout ceci, au fil des générations, des décennies.
En 2012, nous sommes donc au milieu de deux époques. La troisième décennie du web a commencé et nous pouvons avoir une vision globale de ce qui s’est passé pour mieux envisager ce qui évoluera.
II. Connectons nous !
Une des avancées majeures en matière de communication sur le web a été les réseaux sociaux. Aujourd’hui, on s’aperçoit que ce sont les sites les plus visités. Facebook et Twitter dominent le marché et réunissent en leur sein un sous-web. Il est donc évident que le web 3.0 se basera sur les réseaux sociaux. La migration vers le futur du web se fera donc dans ce sens en connectant les utilisateurs entre eux. Aujourd’hui, les réseaux sociaux nous ont permis de nous connecter, de nous rassembler. Chaque internaute est désormais relié avec un autre par l’intermédiaire d’une machine. Nous pouvons tous partager, à travers un réseau unique, des informations et des données sociales. Mais tout ceci n’est que du web 2.0. Les réseaux sociaux ne se basent, actuellement, que sur une technologie qui existait déjà dans les années 2000. Il faut donc aller plus loin, connecter l’ensemble du web, non pas entre individus, mais rapprocher les plateformes, les mettre en relations. C’est ceci, le web 3.0.
En 5 ans, les réseaux sociaux sont devenus incontournables sur le web. En effet, ils ont amélioré la manière dont nous avons des relations avec autrui, nous ont rapproché. La communication est devenue plus facile, plus pratique et a pris une nouvelle dimension.
De plus en plus, nous tendons à nous connecter aux réseaux sociaux dès que nous allumons notre PC. Certains consultent même Facebook ou Twitter avant même leurs mails. Tout ceci montre que la communication publique est plus importante que la communication personnelle. Même si communiquer avec une personne, lui expliquer ses idées, dialoguer est important, on se rend compte que de plus en plus, cet usage tend à s’effacer sur le web. Mais c’est aussi car la capacité sociale de l’homme s’adapte au milieu extérieur. Nous pensons à travers tous les liens sociaux que nous avons tissé dans le passé, nos actions ne sont que le reflet de celles des autres, et c’est pourquoi nous préférons communiquer à travers ce tissu social. Chaque lien, chaque nœud n’a plus d’importance, du moment que la toile est protégée. Là est la spécificité des réseaux sociaux.
Cependant, connecter les personnes entre elles n’est pas suffisant. Il faut aller plus loin dans cette connexion. En effet, étant sur Twitter, je ne pourrai pas avoir accès aux informations d’un utilisateur de Facebook et réciproquement. La dimension sociale des réseaux sociaux est là altérée. En définitive, les plateformes sociales nous privent de certains contacts et nous renferment, censurant parfois des messages. Bref, la communication est corrompue. Connecter les interfaces devient alors nécessaire. Peu importe le réseau social utilisé, nous devons pouvoir accéder à toutes les données. Bien entendu, ceci n’est pas valable uniquement pour les réseaux sociaux mais pour le web en général. Chaque information doit pouvoir être accessible sur le web, n’importe où. On me dira que c’est déjà le cas. Oui et non. Ce sont les serveurs qu’il faut connecter entre eux. Permettre à une information de traverser le web entier pour se retrouver sur un autre site et ainsi profiter à l’utilisateur.
La connexion sociale sera le fait de pouvoir utiliser des données qui sont sur d’autres sites internet, pouvoir les rechercher, les récupérer plus facilement. En connectant sites, serveurs, protocoles. Tout doit être mêlé pour fonder le web 3.0. Néanmoins, il ne faut pas changer les usages. Ceux-ci sont correct et doivent déterminer le futur, non l’inverse. Le web ne sera jamais uni, il y aura toujours des milliards de sites internet et c’est ce qu’il faut. À fonctions similaires, voir identiques, la diversité aura quand même toute son importance, seulement les plateformes doivent être connectées.
III. Fonder le web 3.0
Beaucoup assimilent le web 3.0 au web sémantique. Même si la sémantique joue pour beaucoup dans la construction du web 3.0, ça n’est pas l’aspect principal qui est déterminé par l’usage. Intéressons nous alors au web sémantique pour mieux comprendre la mise en place du nouveau web. Constatant que le partage de données et d’informations était devenu nécessaire, le W3C a défini des normes dans le partage des informations. Ainsi, le web sémantique partage des données formalisées en les mettant en forme d’une manière spécifique. Au lieu de laisser des informations dans un texte, on peut ainsi partager différents éléments de manière sémantique. Des balises définissent des normes, la manière dont les informations sont rentrées est aussi définie. Dès lors, des données postées sur une page peuvent être exploitées sur d’autres sites internet. Le HTML5 permet beaucoup de ces choses en améliorant la séparation du contenu et du reste (menus, entête et pied de page notamment). Le XML jouera une place importante dans l’aspect technique du web sémantique car c’est en XML que sont définies les balises permettant de renseigner un certain type d’information. Ce sont de tels langages qui sont à la source d’une connexion plus importante entre les périphériques, entre les plateformes.
Cependant, le web 3.0 ne se limitera pas au web sémantique. L’aspect sémantique n’est que la technique du web 3.0. Tout le monde ne crée pas son site web et c’est pourquoi restreindre le web aux techniciens serait le limiter. L’usage du public ne sera pas sémantique. Celui-ci se contentera de rentrer des informations dans des formulaires et les retrouvera sur une multitude de plateformes. En fait, le web sémantique n’est que la partie cachée de l’iceberg.
Le web 3.0 sera plus social qu’actuellement. Ainsi, les réseaux sociaux seront connectés entre eux, grâce à des API plus avancées. On peut remarquer que Facebook, Twitter, Flickr, Google +, Youtube et j’en passe, proposent tous de se lier avec d’autres réseaux sociaux. On peut ainsi facilement publier sur sa Timeline de Facebook l’ensemble du contenu que l’on a épinglé sur Pinterest par exemple. Néanmoins, ces fonctionnalités qui se basent sur les API ne sont sûrement pas un exemple de ce que je vois comme le web 3.0. En effet, en utilisant ces fonctionnalités, on publie directement sur un site externe et l’information est placée à deux endroits différents. Et, malheureusement, ce n’est pas le site externe qui affiche un contenu sans qu’il soit sur son serveur.
Selon moi, le web 3.0 permettrait de lier des données sans les enregistrer à plusieurs endroits. Les informations ne seraient enregistrées qu’à un endroit et chaque service se baserait sur toutes ces données pour afficher celles qu’il souhaite. Il faut donc normaliser ceci. Certaines choses ont été faites avec le XML et le HTML5, mais il faut aller plus loin.
Un exemple que j’aime prendre est celui du projet Jappix duquel je suis co-fondateur. Jappix est une plateforme sociale qui se base sur le protocole XMPP. Ainsi, une entrée publiée dans Jappix est envoyée sur le serveur XMPP choisi et d’autres plateformes peuvent récupérer les données. C’est le cas de Movim qui utilise aussi XMPP. Je pense que c’est un protocole qui permettra bien des choses en somme, mais un autre peut être utilisé. L’essentiel est qu’il soit normalisé. L’inconvénient est qu’XMPP n’est pas, à la base, fait pour le web et même si Movim, Jappix, Facebook, GTalk et d’autres l’utilisent, ça n’est, à l’heure actuelle pas un protocole dédié au web mais juste aux échanges sociaux.
Tout ceci évoluera et, au sein de Jappix, nous essaierons de participer à un changement. Le web 3.0 n’est pas totalement défini, l’usage déterminera précisément ses caractéristiques. Je vous donne donc rendez-vous dans 10 ans pour un bilan et pour imaginer, ensemble, le web 4.0.